CHRISTIANIA


Sandra-Christiania

« I kan ikke slå os ihjel » /  Vous ne pouvez pas nous tuer

——————————————————————————————————————————— Hymne de Christiania

En 1971, sous une pression démographique croissante, la mairie de Copenhague décide d’évacuer la plupart des squats de la ville pour les réhabiliter. Du jour au lendemain des centaines de marginaux et d’idéalistes se retrouvent jetés à la rue. En quête d’un nouveau refuge, une poignée d’entre eux se tourne alors vers la presqu’île de Christianshavn où la marine danoise a récemment abandonné un terrain de 34 hectares…

On se passe le mot : rendez-vous à Bådsmandsstræde, du nom de l’ancienne base militaire dont le territoire est formé au sud d’un complexe de bâtiments désaffectés du XVIIIème siècle et se prolonge idéalement au Nord par un lac et une forêt redevenus quasi sauvages. En très peu de temps tout ce que le port de Copenhague compte d’hippies, d’anarchistes, d’anticonformistes, de sans-abri, de chômeurs et de paumés y affluent. A plusieurs reprises les forces de l’ordre tentent de les déloger mais bientôt dépassées par leur nombre et leur détermination, elles renoncent.

Fristaden, la ville libre de Christiania est née.

La communauté s’organise : elle n’a ni chef, ni guru, ni hiérarchie, c’est l’autogestion et le modèle libertaire qui prévalent. Autour du lac on s’installe pour de bon et les constructions folles ne tardent pas à s’y multiplier. Du côté de « Christiania-ville », à l’intérieur même des anciennes constructions de briques, les logements collectifs et les coopératives naissantes se chargent de donner un toit et un travail à chacun.

Le gouvernement reconnaît le squat comme « expérience sociale » ; la ville dans la ville devient le phare de la contre-culture européenne et se gère tant bien que mal sans l’intervention extérieure de l’état pendant plus de 40 ans.

Aujourd’hui, malgré les nombreuses tentatives juridiques gouvernementales pour  reprendre  l’enclave, malgré les descentes de police incessantes, malgré l’appétit et l’argent des promoteurs, malgré les dissensions parfois vives entre habitants de « souche » et dealers devenus maîtres de l’une de ses rues, malgré des conditions de vie parfois précaires, Christiania est toujours debout….

Entre Avril et Septembre 2014, j’ai eu le privilège d’y vivre.

Tour à tour logé dans les foyers communautaires du quartier de Maelkboetten, puis en pleine forêt dans les cabanes en bois de la griffe de l’ours ou encore du caramel bleu, j’ai demandé à mes voisins, « colocataires », rencontres et amis de poser pour moi. Les christianites m’ont ainsi accueilli chez eux, sans retenu, le temps d’une bière, d’un repas, d’un silence : utopistes de tout poil, apaches et zazous, vieux rêveurs et jeunes rebelles, junkies et clochards, solitaires allumés tout droit sortis d’une nouvelle de Bukowski.

In 1971, in response to increasing population pressure, Copenhagen City Hall decided to evacuate most of the squats of the city in order to renovate them. Overnight hundreds of idealists and marginals found themselves thrown out into the street. In search of a new home, a handful of them turned to the peninsula of Christianshavn where the Danish navy recently abandoned a terrain of 34 hectares …

Word spread. People began to gather at Bådsmandsstræde, named after the former military base, an area composed of an abandoned eighteenth century building complex in the South and by a lake and a forest practically returned to a state of wilderness in the north. In a short time all the hippies, anarchists, non-conformists, homeless, unemployed and misfits of the port of Copenhagen flocked there. On several occasions the security forces tried to dislodge them. Overwhelmed by the numbers and determination of the new residents, they soon gave up.

Fristaden, the freetown of Christiania is being born.

The community organized : without a leader, a guru, or any hierarchy, a model of self-management and libertarianism prevailed. As crazy constructions began to multiply people settled around the lake for good. On the « Christiania City » side, collective housing and newly born cooperatives took charge of finding a home and a job for everyone, providing shelter in the interior of the old brick buildings.

The government recognized the squat as « social experiment ». The city within the city became the trailblazer of the European counter culture and has somehow continued to manage itself without the external intervention of the state for over 40 years.

Today, despite numerous government legal attempts to take repossession of the enclave, despite incessant raids, the hunger and money of developers, despite the sometimes sharp disagreements between the “native” Christianites and dealers – who have become the rulers of one of its streets – despite the sometimes precarious living conditions, Christiania is still standing…

Between April and September 2014, I was fortunate to live there.

I stayed first in the community residences of Maelkboetten and then in the forest, in the cabins of the « Bear claws » and the « Blue caramel. » Along the way I met Christianites in their homes, over a beer, a meal, a photo, sometimes in silence. Utopians of all shades, apaches and beakniks, old dreamers and young rebels, junkies and tramps, solitary lunatics straight out of a Bukowski novel.

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