Fils du Nord


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« De longues années passèrent. (…) Un jour il reprit la route, le spath de son pays natal autour du cou (…) à nouveau, le fils de l’arbre-monde entra dans la constellation de la baleine. (…) Il ferma les yeux et sourit » 

————————————–Michel Onfray / Chap.6, le retour au pays natal, « La constellation de la baleine ».

Après avoir partagé la vie des habitants de Christiania, la communauté libertaire de Copenhague, j’ai pris la route et suis parti plus au Nord, sur les traces du cercle arctique, loin du bruit, des communautés, le temps d’intégrer ce que je devais retenir de mon expérience en ville libre.

Sans autre carte que celle de remonter aux origines d’un nom de famille, le mien, dont je ne sais rien sinon ses sonorités vikings, j’ai erré de villes en rivages, de rivages en ports, de ports en îles, embarquant dans toutes sortes de navires, jusqu’au cap Nord.

Au gré des opportunités, des orages, de ce que la solitude m’ordonnait de faire, j’ai marché dans les forêts Suédoises, sur la toundra norvégienne, dans les marécages finlandais. Dormant dehors la plupart du temps, baigné d’un jour qui ne renonce jamais et qui vous poursuit jusque dans vos rêves, j’en suis revenu avec ce corpus d’images huit semaines plus tard.

C’est un voyage où je suis allé les sens déréglés, libre de ce que m’avait offert Copenhague, amnésique déjà de Paris, pour y parler aux quatre éléments : l’air, l’eau, la terre et le feu, fondamentalement; mais aussi, peut-être, pour cracher au visage de la mort, là où elle se cache, c’est à dire au Nord, derrière l’horizon, ce que l’on fait durant les marches en direction des terres qui ont une fin.

C’est un berceau qui m’attendait, confusément je le savais : là-bas il y avait des pères, des géographies intimes qui connaissaient mon nom, et même si la réciproque ne fut pas vraie je suis allé vers eux comme on va vers soi, espérant en retour d’humaines questions, des réponses d’air, d’eau, de terre et de feu.

Un voyage heureux en somme, heureux de la mélancolie d’être revenu « au commencement », et si je me suis trompé de route peu importe : là-bas j’étais seul, seul avec les dieux du Nord, j’ai marché vers eux et face à leurs enfants, mes frères, face au vent de Borée et aux râles de l’arctique.

C’est un voyage jusqu’au bout du jour, une conversation d’avec ceux qui furent avant moi, une étreinte, un cri peut-être, des retrouvailles après une longue absence, une longue absence en terre septentrionne.

After having shared the lives of the inhabitants of Christiania,  the autonomous community of Copenhagen, I hit the road further North towards the Arctic Circle, far from the noise, the communities – just long enough to take in all I had to remember of my experience in a free town.

With no other guidance than the wish to go back to the origins of a family name – mine – of which I know nothing, save for its Viking sonorities, I roamed from towns to shores, shores to harbors, harbors to islands, boarding in all kind of ships, until I reached the North Cape.

At the mercy of opportunities, thunderstorms, and solitude’s biddings, I walked in Swedish forests, on Norwegian tundras, and in Finnish marshes. Sleeping outdoors most of the time, basking in a day that never ends, that follows you into your dreams, I came back with this corpus of images eight weeks later 

This is a journey I embarked on with disarrayed senses – free from what Copenhagen had offered me, quickly forgetful of Paris – in order to speak to the four elements: air, water, earth and fire fundamentally ; but also, maybe, to spit in the face of death, wherever she be hiding, that is up North, behind the horizon, doing what one does during walks towards lands that have an end.

This was a cradle awaiting me, I could vaguely sense it: out there, there were fathers, intimate geographies which knew my name, and even if this wasn’t mutual, I went towards them as one goes towards oneself, hoping for human questions in return, answers made of air, earth, land and fire.

A happy journey, overall, happy of the melancholia of having come back “to the beginning”, and if ever I took the wrong path, it doesn’t matter: there, I was alone, alone with the Gods of the North; I walked towards them, facing their children, my brothers : facing the Boreal wind and the wails of the Arctic.

This was a journey to the end of the day, a conversation with those who were there before me, an embrace, a cry perhaps, a reunion after a long absence, a long absence in Septentrional land.

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